Avec près de 30 millions d’utilisateurs en France, TikTok s’est imposé en moins de dix ans comme l’une des plateformes les plus puissantes du monde. Le secret de ce succès : son algorithme de recommandation, capable d’analyser en permanence les comportements des utilisateurs pour leur proposer des vidéos toujours plus personnalisées.
Mais cet algorithme est au cœur de nombreuses critiques. Plusieurs études pointent le risque d’un effet "terrier de lapin" : plus un utilisateur interagit avec un thème, plus le flux peut dériver vers des contenus extrêmes. En octobre 2025, Amnesty International a montré qu’avec un profil se déclarant mineur, il pouvait suffire de quelques dizaines de minutes pour voir apparaître des vidéos sur l’automutilation ou le suicide. "En quinze à vingt minutes, le fil était saturé de contenus sur la dépression", explique Katia Roux, porte-parole de l’ONG.
Derrière ces alertes, des drames bien réels. L'avocate Laure Boutron-Marmion représente aujourd'hui une cinquantaine de familles qui estiment que les réseaux sociaux ont contribué au mal-être de leurs enfants, certains ont mis fin à leurs jours. En 2026, la situation ne s'améliore pas : « Chaque semaine, je reçois des appels ou des mails de parents endeuillés. Les choses ne changent pas. » Une action en justice visant TikTok est en cours devant le tribunal judiciaire de Créteil.
Malgré ces mises en cause, TikTok a su solidement s'ancrer dans le paysage français. La plateforme a noué des partenariats avec le Festival de Cannes, le Festival du livre, le Tour de France ou le château de Versailles, financé des associations de protection de l'enfance et recruté d'anciens hauts fonctionnaires pour piloter ses affaires publiques. « TikTok cherche à s'attirer des gens qui ont des portes d'entrée dans les administrations », résume le député PS Arthur Delaporte, qui a présidé en 2025 la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les effets psychologiques du réseau social
La plateforme peut également compter sur un soutien de premier plan : depuis 2024, Xavier Niel, fondateur de Free, siège au conseil d'administration de ByteDance. L'entrepreneur affirme vouloir y porter « un point de vue européen », tout en s'opposant à certaines mesures de régulation, comme l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : « Je suis toujours gêné par le fait d'interdire ou de bloquer des choses qui sont des libertés. » Interrogé sur son rôle au sein de l'entreprise, il n'a pas donné suite aux questions de la rédaction.
La Cellule investigation de Radio France révèle qu'un projet confidentiel est à l'étude au sein de la maison-mère de TikTok : ByteDance examinerait sérieusement la possibilité d'investir dans des data centers en France, dans le cadre d'un appel à projets d'EDF soutenu par l'État pour développer l'intelligence artificielle. Ni ByteDance, ni EDF n'ont souhaité commenter.