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Une histoire traversée par les ruptures et les crises
Depuis plus d’un siècle, l’Iran est au cœur des grandes secousses du Moyen-Orient. Révolutions, coups d’État, ingérences étrangères, pétrole, théocratie et aspirations démocratiques : son histoire concentre les grandes tensions du monde contemporain. De la révolution constitutionnelle de 1906 à la crise du régime en 2026, Yann Richard, historien majeur de l’Iran contemporain, revient sur six dates clés pour éclairer les racines profondes d’un pays souvent mal compris, mais essentiel pour lire les équilibres géopolitiques actuels.
1906, la première révolution du Moyen-Orient
Pour la première fois, le pouvoir du Shah est contesté. Face à l’humiliation des puissances étrangères et à l’autorité absolue, le peuple, les intellectuels et une partie du clergé imposent la création d’un Parlement et d’une Constitution. Un premier élan démocratique qui pose les bases des tensions futures entre souveraineté nationale, pouvoir religieux et modernité.
1921, un coup d’État pour un nouveau régime
Dans un pays affaibli par la guerre et les influences étrangères, Reza Khan s’empare du pouvoir. Il met fin à la dynastie Qadjar et fonde la dynastie Pahlavi. Inspiré par Atatürk, il engage une modernisation autoritaire de l’État iranien, entre centralisation, réforme de l’armée et répression des oppositions.
1941, l’Iran envahi
Bien que neutre, l’Iran est envahi par le Royaume- Uni et l’URSS pendant la Seconde Guerre mondiale. Le pays devient un corridor stratégique pour le ravitaillement soviétique. Cette occupation, marquée par les pénuries et la famine, alimente un profond traumatisme national et prépare la montée d’un nationalisme politique centré sur la question pétrolière.
1953, l’impossible indépendance
Après la nationalisation du pétrole par Mohammad Mossadegh, la CIA et les services britanniques orchestrent son renversement. Le retour du Shah, soutenu par Washington, ouvre une nouvelle phase autoritaire et installe durablement un fort sentiment antiaméricain dans la société iranienne.
1979, la Révolution islamique
La chute du Shah et le retour triomphal de l’ayatollah Khomeini bouleversent durablement le Moyen-Orient. La monarchie est remplacée par une République islamique fondée sur le pouvoir religieux. La prise d’otages à l’ambassade américaine consacre la rupture avec l’Occident et fait entrer l’Iran dans une nouvelle ère.
2026, l’ayatollah assassiné
De la succession de Khomeini aux crises contemporaines, l’Iran traverse une période de fortes tensions politiques et diplomatiques. Entre contestation intérieure, isolement international et question nucléaire, le régime semble à la croisée des chemins, dans un pays où les aspirations de la société continuent de se heurter à la rigidité du pouvoir.
Yann Richard est historien et spécialiste reconnu de l’Iran contemporain et du monde chiite. Professeur émérite à Sorbonne Nouvelle, il a consacré une grande partie de ses travaux à l’histoire politique, religieuse et sociale de l’Iran moderne. Auteur de nombreux ouvrages de référence, il éclaire depuis plusieurs décennies la révolution iranienne de 1979 et ses répercussions jusqu’à nos jours.
Thomas Snégaroff est journaliste et historien, spécialiste des États-Unis et des grandes démocraties occidentales. Il présente « C Politique » sur France 5. Son expertise lui permet de relier histoire politique et enjeux contemporains.